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Avis d’expert : Nomadisme et système d’information


Article paru dans le magazine IT-Expert N°49 - Juin 2004

Les entreprises tardent à investir dans l’informatique mobile alors que les sociétés des secteurs de l’informatique et des télécommunications y dépensent beaucoup d’énergie. Pour s’en convaincre, il suffit de constater que les articles de presse traitant des applications réalisées sont peu nombreux.

Le contexte économique ainsi que les déceptions des pseudo « nouvelles technologies » pèsent lourd dans cette frilosité, mais ne sont pas seuls en cause. En effet, comment ne pas rester perplexe face à l’abondance des offres contradictoires, aux annonces techniques confuses, à la promotion des produits et performances de demain, aux embryons de déploiements cités à titre de références ?

Dans un marché mature, tel que le devient celui de l’informatique, les entreprises ne s’équipent que si elles ont des besoins clairement identifiés et qu’elles peuvent envisager des bénéfices mesurables. Prenons le sujet qui nous préoccupe : comment rendre plus performants les utilisateurs mobiles ? Doit-on mettre en place des services de messagerie ? De bureautique ? D’applications métier ? Ou encore d’accès à Internet ? L’activité nécessite-t-elle de travailler en mode autonome ou connecté au système central ?

Seules les réponses à ces questions permettent d’aboutir à la solution la plus adaptée, et ainsi de choisir le bon terminal (portable, tablette PC, PDA, Smartphone), le bon réseau de communication (filaire : RTC, ADSL, ISDN ; Hertzien : GSM Data, GPRS, WiFi, Edge…), et la bonne architecture (connectée, synchronisée).

Si le besoin se limite à la messagerie, sans fichier joint, ou à une application de saisie simple, un PDA conviendra parfaitement, ou un Smartphone pour un service encore plus élémentaire. La bureautique, l’application métier, même sans être complexe, ou l’accès Internet nécessiteront, pour la lisibilité et les manipulations, un portable ou une tablette PC, cette dernière tardant à s’imposer en raison des coûts excessifs du matériel et de l’adaptation des applications au mode tactile.

S’il est nécessaire, à tout instant et en tout lieu, de faire circuler des données entre le système central et le terminal de l’utilisateur, le réseau hertzien s’imposera, mais en restant réaliste, seulement pour de faibles volumes. En revanche, le réseau filaire restera adapté aux utilisations s’accommodant d’une ou deux communications par jour, ou nécessitant des volumes à transférer plus importants. La meilleure solution étant l’hertzien pour l’urgence, plus le filaire pour toutes les autres utilisations. La couverture réduite du WiFi, sa mise en œuvre délicate, et les problèmes de sécurité qu’il présente, limitent son emploi à des utilisations occasionnelles.

Si l’activité de l’utilisateur mobile nécessite impérativement des données temps réel centralisées, ce qui est rare, l’architecture connectée s’imposera. L’usage du terminal se réduira alors à de simples consultations et saisies. Il faudra également garder à l’esprit les limitations du réseau choisi : par exemple, un technicien de maintenance sera peut être fréquemment hors couverture (sous-sol d’immeubles, effet « cage de Faraday »…). Dans tous les autres cas d’activité, des applications autonomes sur le terminal mobile et des données synchronisées seront satisfaisantes. L’architecture synchronisée s’accommode de tous les types de réseaux, filaires ou hertziens, et le terminal est utilisé à son plein rendement. Ainsi, un choix stratégique se résume à une question : vaut-il mieux disposer constamment d’une information vieille de quelques heures, ou bien risquer de ne pas accéder en temps réel à une information lorsqu’elle est indispensable ?

Il est souvent nécessaire d’utiliser plusieurs applications sur le terminal mobile : messagerie, application métier, éventuellement données bureautiques (traitement de texte, tableur…). Ces applications intègrent parfois des synchronisations propriétaires, mais leur utilisation nécessite dans ce cas autant de communications et de manipulations de la part de l’utilisateur. Il existe une autre alternative : l’utilisation d’un middleware, outil de synchronisation universel, qui globalise les échanges de toutes les applications en place et les rend transparents aux utilisateurs mobiles. Ces solutions, spécialisées dans l’optimisation des flux, peuvent de plus mettre en œuvre des technologies de synchronisation différentielle, de compression à la volée, ou encore de reprise au point de rupture, qui génèrent des réductions importantes de coût d’exploitation.

Les architectures connectées et synchronisées représentent finalement des coûts identiques. Dans le premier cas, il faut investir dans le dimensionnement et la sécurité des serveurs centraux et des « tuyaux » de communication associés, et prévoir un budget de télécommunication important. Dans le second cas, il faut acquérir, déployer et maintenir autant d’applications et de licences que d’utilisateurs. Le coût du terminal étant le même, l’architecture synchronisée représente une meilleure utilisation de la puissance acquise, donc un meilleur rendement du capital investi. L’architecture mixte, connectée et synchronisée, constitue certainement la solution la plus réaliste et la plus optimisée.

Chaque entreprise est unique, par son existant et ses besoins propres. Mais aucune ne peut se tromper dans ses choix d’investissements. Pour l’informatique mobile, il est nécessaire de se poser les bonnes questions, et surtout de se concentrer sur l’usage qu’en feront les utilisateurs et sur le bénéfice global qui en découlera. Les choix techniques suivront.

Yves Clisson PDG de Telelogos

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